Le changement d’avocat en cours de procédure est un droit que tout justiciable peut exercer à tout moment, en Belgique comme en France. Ce droit n’est soumis à aucune autorisation préalable du tribunal ni de l’ancien avocat. Ce qui pose davantage question, en pratique, c’est la récupération du dossier : quelles pièces l’avocat doit-il restituer, dans quel délai, et que faire en cas de blocage ?
Ce que contient réellement votre dossier juridique
Avant d’entamer toute démarche, il faut distinguer deux catégories de documents que votre avocat détient.
La première catégorie regroupe les pièces dont vous êtes vous-même l’origine : contrats, courriers, décisions administratives, preuves que vous lui avez transmises, actes de procédure signifiés par la partie adverse. Ces documents vous appartiennent sans ambiguïté.
La seconde catégorie comprend les notes internes, analyses et documents de travail rédigés par l’avocat dans le cadre de votre affaire. Le droit déontologique belge distingue ces deux ensembles : la restitution porte sur les pièces dont l’avocat est dépositaire, pas nécessairement sur l’intégralité de ses propres productions intellectuelles. Cette distinction est rarement expliquée, et elle peut générer des malentendus au moment de la transmission.
Obligation de restitution : ce que prévoit la déontologie belge
Le cadre déontologique applicable aux avocats belges est clair sur un point : une fois déchargé de l’affaire, l’avocat doit restituer les pièces sans délai. Cette obligation ne dépend ni du règlement préalable des honoraires, ni de l’existence d’un litige entre vous et lui.
La confusion entre la restitution du dossier et le paiement des honoraires est fréquente. Ces deux questions suivent des chemins séparés. L’ancien avocat peut réclamer le paiement de ses prestations, mais cette créance ne l’autorise pas à retenir indéfiniment les pièces qui vous appartiennent. Le traitement de chaque situation concrète peut toutefois varier selon le barreau concerné et la nature des pièces en jeu, ce que les textes généraux ne précisent pas toujours.

Étapes concrètes pour changer d’avocat et récupérer votre dossier
La procédure suit une logique chronologique que voici :
- Informer l’ancien avocat par écrit : une lettre recommandée suffit. Vous n’avez pas à justifier votre décision. Ce courrier vaut dessaisissement et déclenche l’obligation de restitution.
- Mandater le nouvel avocat dès que possible, idéalement avant d’envoyer la lettre à l’ancien. Le transfert de dossier se fait souvent directement entre confrères, ce qui limite les délais procéduraux.
- Informer le tribunal ou la juridiction compétente du changement de représentation, si une audience est déjà fixée. Cette étape incombe généralement au nouvel avocat, qui fait connaître sa constitution.
- Vérifier l’inventaire des pièces restituées : à la réception du dossier, établir avec le nouvel avocat la liste des documents transmis et identifier d’éventuelles lacunes.
Honoraires de l’ancien avocat : une question distincte
Le changement d’avocat génère presque toujours une question financière. L’ancien avocat a droit à la rémunération des prestations effectivement accomplies jusqu’au dessaisissement, selon les termes de la convention d’honoraires signée au départ de la relation.
Si aucune convention écrite n’a été établie, la rémunération s’apprécie en fonction du travail accompli et des usages du barreau. En cas de contestation, la procédure ordinale prévoit un mécanisme de règlement des différends relatifs aux honoraires.
Ce même mécanisme ordinal peut être activé si un désaccord porte sur la restitution de pièces. Un différend sur la restitution du dossier relève de la procédure applicable aux contestations d’honoraires, selon le texte déontologique belge. C’est une voie concrète à connaître si une demande de restitution reste sans suite.
Cas particulier de l’avocat désigné (pro deo)
Lorsque l’avocat a été désigné dans le cadre de l’aide juridique, la procédure de remplacement ne suit pas le même canal. La demande de changement s’adresse à la personne ou à l’instance chargée de la désignation, et non directement à l’avocat. Des motifs sérieux sont généralement requis pour justifier le remplacement, même si les textes ne définissent pas de liste exhaustive de ces motifs.
La restitution du dossier dans ce cadre obéit aux mêmes principes déontologiques, mais la relation entre les parties et le calendrier de transmission peuvent être influencés par les modalités administratives propres à ce dispositif.
Que faire si l’ancien avocat tarde à transmettre le dossier ?
Un retard dans la restitution des pièces peut avoir des conséquences directes sur la procédure en cours, notamment si une audience approche ou si un délai de recours court. Plusieurs recours sont disponibles.
Contacter le bâtonnier du barreau auquel l’ancien avocat est inscrit constitue la première démarche. Le bâtonnier dispose d’un pouvoir d’intervention en cas de manquement déontologique d’un de ses membres. Ce recours est rapide et ne nécessite pas l’intervention d’un tribunal.
Si des honoraires sont contestés en même temps que la restitution est bloquée, la procédure de taxation devant le bâtonnier permet de traiter les deux questions simultanément. Ne pas attendre qu’un conflit financier soit résolu avant de signaler le blocage : les délais procéduraux n’attendent pas l’issue d’un différend d’honoraires.
La situation la plus délicate est celle où l’ancien avocat soutient que certaines pièces font partie de ses documents de travail et non des pièces restituables. Ce point, sur lequel le droit déontologique belge laisse une zone d’appréciation, peut justifier un avis du bâtonnier ou un recours ordinal formel selon l’ampleur du désaccord.
Changer d’avocat en cours de procédure ne compromet pas la solidité d’un dossier, à condition d’agir avec méthode. La récupération complète des pièces est un droit, et le cadre déontologique belge fournit des outils concrets pour le faire respecter, y compris en cas de résistance de l’avocat dessaisi.

